Youtube, le makeup et moi

Comme beaucoup de blogueuses beauté, je suis l’actualité makeup à travers des chaines Youtube. D’abord abonnée aux chaines francophones, j’ai petit à petit élargis mon champs d’intéret à des youtubeuses d’autres pays et d’autres cultures. Cela m’a permis de me rendre compte de la diversité des approches vis à vis du maquillage et du rôle plus ou moins fort des réalités socio économiques dans certaines de ces approches.

Collectionneuse vs. Makeup Artist

Les premières youtubeuses beauté que j’ai découvert sont francophones. Certaines sont devenues ultra connues en l’espace de quelques années seulement. En France, la plupart des youtubeuses beauté connues sont des collectionneuses pour ne pas dire des fétichistes. Elles abordent le maquillage essentiellement sous l’angle du produit. Grace à leurs vidéos (et pour certains leurs articles associés), on suit en effet en temps réel les nouveaux lancements de produits des grandes enseignes de cosmétique dont elles sont devenues la vitrine… au risque parfois de frôler l’indigestion. Cette dimension est indissociable sur le plan socio économique de :

  • support numérique, lequel permet une augmentation sans précédant de la vitesse de diffusion de l’information
  • démocratisation d’internet qui rend possible une démultiplication potentielle de l’audience
  • contexte socio économique marqué par – je ne l’apprends à personne – l’économie de marché et la consommation de masse
  •  la forte pression qui pousse les youtubeuses à produire toujours plus de contenu à un rythme toujours plus intense sur les nouveaux produits reçu

A ce titre, je ne sais pas si le terme d' »influenceuse » est très juste parce qu’il suggère qu’il s’agit de personnes isolées et totalement autonome en occultant le rôle très fort (ou « influent ») des marques sur elles.

A l’inverse, plusieurs youtubeuses – et plus généralement blogueuses – des pays nordiques découvertes plus tard se concentrent sur un des aspects fondamentaux du maquillage : la technique. Elles débordent de créativité et sont pour moi une grande source à la fois de savoir et d’inspiration. C’est le cas de Dausell et Linda Hallberg que je vous présentais dans un article #CesMakeupArtistsQuiMeFontRever

Bien sûr, ce sont la deux extrêmes. Mais pour moi, plus on reçoit de produits (et surtout plus on construit son identité la dessus), moins on est apte à se les approprier et donc à partager cette appropriation indissociable de l’acte de création. Bien sûr, la connaissance des produits et la qualité des revues dépend aussi d’autres critères. On trouve au sein des youtubeuses françaises des grandes différences. Alors que certaines sinon maitrisent toutes les techniques de maquillage du moins produisent des revues de qualité (je pense notamment aux articles de LoDoesMakeup), d’autres m’exaspèrent par leur amateurisme (#jeMetsMonBronzerPourCreuserMesJoues) et leur vocabulaire d’une pauvreté affligeante (ce produit est « waouh »). Celles-là même qui présentent tous leurs produits reçus dans des vidéos « favoris ».

Collectionneuse ou makeup artist… bien sûr ce sont là de deux extrêmes. Les approches des youtubeuses constituent plutôt un continuum dans lequel chacune devrait tirer parti du meilleur de chaque côté (ou extrême). C’est le cas de la qubéquoise Cynthia Dulude qui a su allier pédagogie et maquillage créatif. Certaines se distinguent par leur approche. Comme par exemple l’australienne Arna Alayne qui s’attache à la problématique des peaux claires. Et la belle et drôlatique EppColine qui nous ouvrent les portes des cosmétiques bio et plus généralement d’un mode de vie plus green.

Youtube exacerbe les inegalites

La deuxième chose que j’ai remarqué sur Youtube est que le monde la beauté 2.0 reproduit et exacerbe les inégalités. Bien sûr n’importe qui peut poster des vidéos sur Youtube. Mais l’algorithme de Youtube favorisant les vidéos qui font le plus de vues, les vidéos moins connues de base ont moins de chance d’être visionnées. Leurs auteurs doivent user de tous les moyens (parfois pas très glorieux) pour attirer l’attention des utilisateurs (ressort non spécifique aux chaines peu connues, on s’entend). Cela est accentué par le jeu des marques qui, dans leur logique économique, se concentrent sur les chaines qui jouissent déjà d’une grande visibilité. On arrive donc dans une situation où un petit nombre de youtubeuses concentrent un grand nombre d’abonnées et de crédit vis à vis des marques.

Relativiser

J’imagine que les youtubeuses connues suscitent énormément de convoitise non seulement de la part des marques mais aussi de leurs abonnées. Il y a effectivement de nombreux avantages à être connu. Moi-même, je me se prise à rêver d’être à leur place. Mais, au fond jouissent-elles toujours du plaisir de choisir elles-même leur produit? Est-ce qu’il y a encore du désir lorsque tout ce qu’on désire nous est offert?

En tant que blogueuse indépendante, je choisis non seulement les produits que je veux tester mais aussi, ceux dont je veux partager mon avis. Et cette liberté vaut tellement plus que tout le maquillage du monde.

Make Me Pretty

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